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La Belle et la BĂȘte de Madame de Villeneuve (Ed. Gallimard/Folio)

la-belle1La Belle et la BĂȘte est un probablement un de mes contes prĂ©fĂ©rĂ©s. J’avoue, je l’ai dĂ©couvert assez tardivement grĂące Ă  la version de Disney et elle m’a marquĂ©e d’une maniĂšre inflexible. J’ai Ă©tĂ© charmĂ© par la bĂȘte, la malĂ©diction qu’il subit, par l’histoire de cette rose enchantĂ©e et la morale finale. Aussi, plusieurs mois aprĂšs avoir vu la version de Christophe Gans au cinĂ©ma, j’ai laissĂ©e la version de Mme de Villeneuve me charmer… Retour sur la premiĂšre version de ce conte merveilleux.

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la belle et la bĂȘteTitre : La Belle et la BĂȘte
Auteur : Madame de Villeneuve (Gabrielle)
Maison d’Ă©dition : Gallimard
Collection : Folio (Série femmes de lettres)
Parution : 1740 // 2014
Nombre de pages : 144 pages
Prix  : 2€
RĂ©sumĂ© : Le monstre se fit entendre. Un bruit effroyable, causĂ© par le poids Ă©norme de son corps, par le cliquetis terrible de ses Ă©cailles et par des hurlements affreux, annonça son arrivĂ©e. En voyant approcher la BĂȘte, qu’elle ne put envisager sans frĂ©mir en elle-mĂȘme, la Belle avança d’un pas ferme, et d’un air modeste salua fort respectueusement la BĂȘte. Cette dĂ©marche plut au monstre et, se retournant vers la Belle, il lui dit :  » Bonsoir, la Belle

mon-avis⭐⭐⭐

14 / 20

 Avant toute chose, je me dois de rappeler que si le conte de La Belle et la BĂȘte est si connu aujourd’hui, ce n’est pas seulement grĂące Ă  un certain studio dont le nom commence par la lettre D, mais bel et bien grĂące Ă  la version de Madame Leprince de Beaumont  – une version raccourcis de la version de Mme de Villeneuve -.
Gabrielle (de son prénom) de Villeneuve est cependant la premiÚre à faire apparaßtre ce conte, trop souvent oublié, dans le recueil : La jeune Américaine et les contes marins .

La version proposée par Folio est une version raccourcis de la version de Mme de Villeneuve.
Le conte est divisé en deux parties distinctes, comme la version originale.
Dans la premiĂšre partie, nous retrouvons l’histoire de la Belle : une fille de marchand qui pour sauver son pĂšre va sacrifier sa libertĂ© Ă  un monstre nommĂ© la BĂȘte.
Jusqu’ici rien de bien nouveau (non?). Allons bon!

La Belle est la fille d’un marchand
dont la fortune faisait le bonheur de sa famille. Et un jour, son pĂšre souffre d’un revers de fortune. Ses bateaux, chargĂ©s de marchandises, finissent par disparaĂźtre au milieu de l’ocĂ©an. Du jour au lendemain, la famille passe d’une vie aisĂ©e Ă  la ruine.
La fortune disparue, le marchand dĂ©cide d’emmener ses enfants vivre dans leur modeste propriĂ©tĂ© Ă  la campagne contrairement Ă  leur vaste demeure.
Un changement difficile pour les enfants du marchand, les frùre et sƓurs de la Belle tentent bien que mal à croire leur ce qui leur arrive.
Le temps fini par passer et, alors que leur nouvelle condition semble avoir Ă©tĂ© acceptĂ©e par la Belle et ses frĂšres, ses sƓurs ne cessent de penser Ă  leur ancienne vie. La fortune, les prĂ©tendants ont pourtant bien vite disparus aprĂšs la chute de leur condition de vie.
Alors que tout semble les contraindre Ă  cette nouvelle vie, le pĂšre reçoit une nouvelle d’un de ses bateaux et se rend au port afin de constater l’Ă©tat de ses marchandises.
PillĂ©s par ses anciens associĂ©s, il dĂ©cide d’annoncer la mauvaise nouvelle Ă  ses enfants. Alors qu’il rentre, il se perd et tombe sur un magnifique chĂąteau. Le chĂąteau est dĂ©sert, pourtant une vaste table est garnie de nourriture et l’homme y succombe. Satisfait de son repas et des trouvailles qu’il fait dans le chĂąteau, il repense Ă  la promesse faite Ă  sa benjamine de lui ramener une rose. Alors, il dĂ©cide d’en cueillir une dans le fabuleux jardin. Seulement, il se fait interrompre par un monstre, la BĂȘte.
Le marchand, traitĂ© de voleur, se voit poser un ultimatum. La BĂȘte veut faire prisonnier cet homme dans sa demeure, sauf s’il propose Ă  une de ses filles de sacrifier sa libertĂ© en Ă©change de celle de son pĂšre. Et la Belle, dont n’a cessĂ© de parler le pĂšre, est celle qui accepte ce marchĂ©.
Mais vous connaissez la suite j’en suis sĂ»re, alors je n’en dĂ©voilerai pas plus.
Cette premiĂšre partie est la plus agrĂ©able Ă  lire, l’Ă©criture est fluide et le vocabulaire riche.  Pas de « Il Ă©tait une fois » au dĂ©but du rĂ©cit, mais on comprend vite qu’il s’agit d’un rĂ©cit imaginaire. Le chĂąteau Ă©volue dans un monde en dehors du temps, et de l’espace (pas de noms de lieu), alors que le rĂ©el est trĂšs prĂ©sent dĂšs le dĂ©but du rĂ©cit. Ce monde coupĂ© de l’extĂ©rieur, semble sortir tout droit d’un rĂȘve, ne serait-ce par ses description et cette coupure spatio-temporelle.
Dans cette demeure, la Belle Ă©volue en dĂ©couvrant chaque jour de nouvelles choses. CrĂ©atures et dĂ©cors exotiques, de nouvelles tenues toutes plus belles les unes que les autres, et une fenĂȘtre sur le monde grĂące Ă  une piĂšce renvoyant le monde extĂ©rieur. La Belle a accĂšs aux concerts, aux spectacles qui ont lieu partout dans le monde (un genre de tĂ©lĂ©vision du XVIIIĂšme siĂšcle).
Ce monde est beau, enchanteur, et fĂ©erique. TrĂšs sincĂšrement, j’ai adorĂ© cette partie empreinte d’un imaginaire trĂšs vaste et bien Ă©crite.

La seconde partie nous réserve beaucoup de surprises.
L’histoire de la malĂ©diction du prince y est Ă©voquĂ©e, ainsi que les origines de La Belle. Et cette partie est longue, trop longue. Le rĂ©cit est constituĂ© comme un long tĂ©moignage, oĂč on nous relate les origines de la BĂȘte mais aussi, celles de la Belle. Les phrases se suivent et on se perd dans les explications de la fĂ©e qui nous relate cette partie. De plus, les tĂ©moignages de bontĂ©s et de respects dont font preuves les diffĂ©rents personnages rendent le rĂ©cit parfois Ă©touffant.
Cette partie est trop compacte et peu aĂ©rer. MĂȘme si le fond est intĂ©ressant (quoique certaines explications semblent sortir de nulle part), dans la forme, le style d’Ă©criture est trop soutenue (et je ne parle pas de la variĂ©tĂ© des conjugaisons qui ne cesse d’interroger le lecteur). Je ne le cache pas, certaines phrases m’ont demandĂ©es plusieurs lectures. Et pendant ce temps lĂ , entre les bizarreries et les phrases trop lourdes, on s’ennuie ferme…

; nnj

~*~

Les points positifs : 
la premiĂšre partie
– les descriptions fĂ©eriques
– une belle morale, des rĂ©flexions intĂ©ressantes sur la vie
– une plongĂ©e dans le XVIIIĂšme siĂšcle
Les points négatifs :
– le style d’Ă©criture (parfois un peu lourd pour notre Ă©poque et pas forcĂ©ment accessible pour les lecteurs les plus jeunes)
– quelques dĂ©tails qui semblent sortir de nulle part et qui nous laisse sans rĂ©ponses.

Bilan

Dans l’ensemble, j’ai adorĂ© cette histoire. Ce n’est pas seulement un simple conte, on y retrouve des Ă©lĂ©ments historiques du XVIIIĂšme siĂšcle, ainsi qu’une rĂ©flexion sur la sociĂ©tĂ© bourgeoise. La premiĂšre partie est trĂšs pertinente dans le traitement des personnages. On passe des sƓurs jalouses et superficielles, Ă  la Belle, une jeune femme gentille, douce et brillante. On trouve dans ce rĂ©cit une rĂ©flexion sur le mariage, les liens  filiaux et le sens de l’amitiĂ©…
Et que dire de cette morale finale, de ses conseils prodiguĂ©s tout au long du rĂ©cit, et des questionnements sur le caractĂšre et le statut de la femme… Non dĂ©finitivement le style d’Ă©criture est un intelligent. Dommage que l’Ă©criture de la seconde partie se perde en longueur et incohĂ©rences et gĂąche presque le reste de cette belle histoire.

citations1
Il est plus avantageux d’avoir un mari d’un caractĂšre aimable que d’en avoir un qui n’ait que la bonne mine pour tout mĂ©rite. Combien de filles Ă  qui l’on fait Ă©pouser des BĂȘtes riches, mais plus bĂȘtes que la BĂȘte, qui ne l’est que par la figure, et non par les sentiments et par les actions?
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Juge, en me voyant, si ma compagnie est mĂ©prisable, et ne doit pas ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  celle d’une famille indigne de toi.

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Il est plus facile de raisonner sur l’amour que de le vaincre.
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Un signe, le moindre geste exprime parmi nous tout ce que le vulgaire ne pourrait prononcer en trois jours.

auteur
Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1685-1755) est l’auteur de l’un des contes de fĂ©es les plus cĂ©lĂšbres de la littĂ©rature française. Venue tardivement Ă  la littĂ©rature, elle est Ă©galement l’auteur de plusieurs autres contes et romans, parmi lesquels La JardiniĂšre de Vincennes qui connut un grand succĂšs.

contesmfclassiques

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